Les pieds
Immobile. La pensée est à l’arrêt. La mort physique n’a plus de réalité. Le temps a été congelé dans une tiédeur douceâtre. Serait-ce une fin attendue de l’histoire ?
Condamnés à l’immortalité, les hommes errent à la surface plane d’une époque sans nom. Une époque hors des âges, règne du confort stérile. Sans souffle, sans surprise : désactée.
Aux lieu et place de l’action, des certitudes s’échangent entre les maigres personnages à venir ici. Tous sont à la poursuite d’une mémoire qui n’est même plus un souvenir.
Leurs chétives vérités traversent sans rebond ni blessure l’espace vidé. Englués dans le vieux style de la planète silencieuse, seront-ils capables de se haïr ?
Ils vont nu-pieds au bord du présent intemporisé, vers une improbable mutation.
De l’amour de deux personnages viendra le meurtre, peut-être rédempteur.
Avec l’arrivée de la pluie, il se passe quelque chose, la concrétisation de l’action globale ; tout sera différent. On entrevoit une prémisse d’harmonie. Il peut pleuvoir sur la scène du théâtre, ce serait même le seul élément réaliste – presque vériste – de cette pièce. Cela produira sur le spectateur une superposition esthétique brutale qui le mettra d’abord en état de plaisir, puis deviendra vite inconfortable.