L’amour du blé

Genres :
Thèmes : · · ·
Distribution :
Durée :
Édition :

Des promoteurs immobiliers sont prêts à tout pour de l’argent… jusqu’à se rendre à la campagne qu’ils détestent en espérant soutirer aisément les terres d’un agriculteur plus rusé qu’il n’en a l’air. Paul, poussé par son patron, Bruno, un ambitieux promoteur immobilier, accepte de passer un week-end chez les parents de Laure, sa fiancée, dans le but de leur acheter des terres très convoitées pour la construction d’un lotissement. Paul déteste la campagne mais se sacrifie et affronte ce monde rural qu’il ignore totalement en pensant que son affaire sera très vite réglée en recourant à ses tactiques commerciales et ses talents de séducteur. Or, les propriétaires ne sont pas aussi faciles à manipuler qu’il n’y paraît… M. et Mme Dubon, sous leurs airs simplets, se jouent de la situation, et laissent les vautours tournoyer autour de leurs biens, l’air de rien… Cette comédie pleine de fraîcheur vous ouvre les ports d’une ferme pas comme les autres…

🔥 Ajouter aux favoris

Soyez le premier à donner votre avis !

Connectez-vous pour laisser un avis !

 

 

ACTE PREMIER

Scène première

 

Paul et Laure entrent dans la salle à manger, fatigués de leur voyage. Paul, assis sur le canapé, scrute la déco (meubles très anciens, nappe en plastique, canevas accrochés au mur…). Mal à l’aise, il appréhende son séjour et se prépare psychologiquement à la rencontre des parents de Laure.

Les parents de Laure, à l’extérieur, s’apprêtent à entrer.

Bertrand (off) - Tiens, v’là la voiture du Parigot !

Monique (off) - Ne hurle pas, grand bêta ! Il va t’entendre ! Va plutôt te laver, t’es tout crasseux !

Laure - Voilà mes parents qui arrivent !

Paul - Je m’en étais rendu compte.

Laure - Ne t’inquiète pas, ils sont très sympas malgré leurs airs bourrus !

Paul - Mais je ne m’inquiète pas chérie ! Je suis prêt à affronter tous les ouragans pour toi !

Laure - Tant mieux ! Tant mieux !

Silence.

Paul - C’est… rustique ici !

Laure - Ah ! ça oui ! Pour rien au monde, Maman n’abandonnerait les meubles de sa mère !

Paul - La nappe aussi était à ta grand-mère ?

Laure - Tu ne t’attendais pas à être entouré de meubles Stark j’espère !

Paul - Non, bien sûr que non… Enfin… C’est fou comme le plastique peut résister à plusieurs générations !

Laure - Tu sous-estimes vraiment les moyens de mes parents. Ils ont plein d’oseille !

Paul (marmonne) - Je sais… C’est pour ça que je suis là !

Laure - Qu’est-ce que tu dis ?

Paul - Ah ! j’adore ce parfum d’oseille ! Mes papilles en frétillent ! Ça me met dans tous mes états !

Laure - Calme-toi un peu mon chéri, détends-toi cinq minutes, la route a été longue ! Tu ne t’es même pas arrêté une seule fois.

Paul - Tu as raison. (Il ferme les yeux et tente de s’assoupir.) Je me détends… tout va bien… dans deux jours, je suis à Paris… (Il hurle.) Ah !

Laure - Qu’est-ce que tu as ?

Paul - Ça ne va pas, c’est pire quand je ferme les yeux : je vois une grosse tête de vache prête à me dévorer. Oh là là ! Je me noie dans toute cette verdure ! Tous ces champs à perte de vue m’étouffent, me font devenir chèvre !

Laure - Je t’avais pourtant prévenu ! C’est toi qui as insisté pour voir mes parents !

Paul - Mais oui. Il faut bien que je rencontre la belle-famille un jour, tout de même !

Laure - Tu ne vas pas être déçu du voyage !

Laure quitte le salon.

Paul (appelle Bruno sur son portable) - Arrête de faire l’homme d’affaires très sollicité, ton répondeur m’énerve ! Enfin, je t’appelle pour te dire que ça y est… je suis au bled ! J’avais oublié comment la campagne pouvait être aussi… calme ! Mes oreilles en bourdonnent ! Je n’ai pas l’intention de faire de vieux os ici. Tu me connais, je n’aurai même pas le temps de dire ouf que le vieux me lâchera ses terres pour des cacahuètes ! Les voilà qui arrivent ! Je te tiens au courant…

 

 

Scène 2

 

Monique et Bertrand, endimanchés, entrent dans la salle à manger accompagnés de Laure.

Monique - Nous sommes très heureux de vous rencontrer !

Paul - Enchanté, madame.

Bertrand (serre la main de Paul avec force) - Salut…

Laure - Paul, Papa ! Il s’appelle Paul ; je n’arrête pas de te le dire.

Bertrand - Ah oui ! C’est vrai ! Faut pas m’en vouloir si j’imprime pas ce prénom. C’est à cause du vacher qui s’appelle Paul, comme vous…

Paul - Ah oui ?

Bertrand - Il est pas fini celui-là ! Qu’est-ce qu’il peut être bête ! Et fainéant en plus ! Mon âne en fait trois fois plus que lui !

Monique - Oui, mais on l’aime bien quand même. Ce n’est pas de sa faute s’il est comme ça ! Tout petit, il s’est pris un coup de sabot en pleine tête. Le cheval de son père l’a bien amoché ! Vous n’avez pas ces problèmes-là, vous, à la ville.

Paul - Non, mais on en a d’autres, je vous rassure…

Bertrand - Monique, ne laisse pas notre invité se déshydrater ! Sors donc la gniole ! Il doit avoir soif notre Parigot ! (Monique apporte la liqueur. Bertrand fourre son nez dans le goulot pour la sentir, sous le regard dégoûté de Paul.) Goûtez-moi ça, c’est d’la vraie !

Paul - Une lichette pour moi, s’il vous plaît.

Bertrand - Ah ! elle va pas commencer à faire sa chochotte !

Paul (goûte et se retient de grimacer) - C’est costaud !

Bertrand - Encore heureux ! C’est autre chose que celle du Louis, hein Monique !

Monique - Oh oui ! Il n’a jamais su la faire correctement !

Bertrand - J’lui ai dit au Louis qu’il fallait la faire plus forte. Et à chaque fois, vous savez c’qui m’répond ?

Paul - Non.

Bertrand - « Elle a pas à t’plaire. On la fait pas pour toi ! » Voilà c’qu’il me sort, le grand bestiau !

Paul - Sympa !

Bertrand - Non, il est pas sympa. Mais j’suis bien obligé de faire avec parce qu’il me prête son JCB.

Paul - Son quoi ?

Bertrand - Son JCB. Tu sais pas c’que c’est ? Eh, faut sortir de ta cité, mon gars ! Un JCB c’est un tractopelle.

Laure - Laisse tomber, Papa. Je t’ai déjà dit que ce n’était pas son domaine.

Bertrand - Ah oui ? Alors, c’est quoi son domaine ?

Laure - Demande-le-lui.

Laure quitte la salle à manger.

Paul - J’achète, je vends des biens immobiliers.

Bertrand - Tous des voleurs !

Monique - Ah ! non, Bertrand ! Tu ne vas pas commencer ! Paul fait du commerce, tout simplement.

Bertrand - Les agents immobiliers sont des plumeurs de volailles, des renards… Ils ont les yeux plus gros que le ventre !

Monique - Ça suffit ! Un mot de plus et tu peux dire adieu à ta gniole adorée !

Bertrand - Pas de chantage avec la gniole !

Monique - J’vais me gêner !

Elle saisit la bouteille, mais Bertrand l’empêche de l’enlever.

Bertrand - Touche pas, sinon…

Monique - Sinon quoi ?

Bertrand - Je te mords.

Monique - Essaie donc, pour voir !

Paul (timide) - S’il vous plaît…

Monique - Je suis vraiment désolée, Paul, mon mari s’emballe très vite… mais cet ours n’est qu’un nounours avec un cœur gros comme ça… (Elle caresse son mari tendrement et lui murmure.) Tout doux, tout doux ! Voyez comme il peut être doux comme un agneau quand il veut. (Bertrand émet des grognements.) Rassurez-vous, il ne pense pas un mot de ce qu’il a dit.

Paul - Ce n’est pas grave… J’ai l’habitude ! Voyez-vous, je sers plus les gens que je ne les vole. Tenez, en ce moment, par exemple, des gens me supplient pour acheter un terrain surtout à la campagne ! Ils ont droit au bonheur eux aussi !

Bertrand - Des terres, j’en ai plus qu’il n’en faut.

Paul - Ah oui ?

Bertrand - Plus de cinq cents hectares à l’entrée du village m’appartiennent.

Paul - Des gens rêveraient d’y habiter ! Vous n’avez pas idée du bonheur que vous pourriez leur procurer en permettant à ces gens d’acheter ces terres.

Bertrand - Le problème c’est qu’elles sont déjà occupées.

Paul - Vous les avez vendues ?

Bertrand - Sûrement pas !

Paul - Mais je ne comprends pas !

Monique - Elles sont aux vaches !

Paul - Vous n’avez qu’à les déplacer !

Bertrand - Ah non ! Les vaches ont toujours occupé ces terres, c’est pas des Parigots qui vont les y chasser !

Paul - Loin de moi l’intention de…

Bertrand - Bien sûr ! Jamais vous n’oseriez faire une chose pareille ! En tout cas pas à votre futur beau-père…

Paul - J’allais y venir justement…

Monique (fixe Paul avec grand intérêt) - Oui ?

Paul - Je voulais vous faire part de mon désir de…

Bertrand - Accouche, on va pas te manger !

Monique - Bertrand, c’est insupportable à la fin ! Excusez-le, ce n’est pas un grand poète… Il n’a jamais vraiment accroché avec les déclarations romantiques! C’est très regrettable pour moi, voyez-vous ! (Rêveuse.) Qu’est-ce que j’aurais aimé qu’il me fasse de belles phrases comme Johnny et qu’il me dise : « Monique, tu brûles mon esprit, ton amour étrangle ma vie et l’enfer devient comme un espoir car dans tes mains je meurs chaque soir. » Que c’est beau ! Que c’est beau !

Paul - C’est très beau, en effet.

Bertrand - Arrête de te faire du mal comme ça, Monique ! Elle s’imagine que Johnny parle comme ça à sa poule… Alors, tu veux ma fille !

Monique - Voilà que tu le tutoies maintenant alors que tu le connais à peine !

Bertrand - Je ne vouvoie pas ceux qui partagent ma gniole. C’est une règle d’or. C’est mon pote maintenant. Ça ne te dérange pas que je te tutoie ?

Paul - Non, bien sûr que non !

Bertrand - Bon, tu vois Monique, tu veux toujours faire des histoires pour rien ! Allez, laisse-nous maintenant. On doit causer sérieusement entre potes. (Monique part. Silence.) Alors ?

Paul - Alors quoi ?

Bertrand - Es-tu sûr de la mériter ? Parce que je ne vais pas laisser ma fille partir sans garanties.

Paul - Ah ! sait-on vraiment qui on mérite ? Toute notre vie, on cherche le mérite sans pour autant le mériter. Qui mérite-t-on ? Qui nous mérite ? On trouvera toujours à redire sur le mérite de quelqu’un. J’ai au moins le mérite de demander la main de votre fille.

Bertrand - Holà ! Tu t’esquintes trop la tête, mon ami. C’est pas bon pour ma fille, ça !

Paul - Mais votre fille je l’aime ! Le...

Il vous reste 90% de ce texte à découvrir.


Achetez un pass à partir de 5€ pour accéder à tous nos textes en ligne, en intégralité.




Acheter le livre

Désolé, aucun contenu trouvé.

Retour en haut
Retour haut de page