Scène 1
Le rideau s’ouvre sur un décor de salon/vestibule d’un appartement parisien. Il y a trois portes : une porte d’entrée, une porte chambres, une porte cuisine. Mado est assise sur le canapé et parle au téléphone avec une amie. Elle a un magazine (« Le Tout-Paris ») dans la main.
Mado - Dis-moi, as-tu lu « Le Tout-Paris » de cette semaine ?… Non ?… Alors tu ne sais pas qu’ils divorcent ?… Qui ?… Mais Pedro Varas et sa jeune femme !… T’as pas vu les photos, alors !… Ils étaient mariés depuis six mois !… Un mariage en grandes pompes !… Tu t’en souviens ?… Oui !… Eh bien, il a déjà une maîtresse !… Comme je te le dis !… C’est en gros titre sur « Le Tout-Paris »… Il paraît même que… (On sonne à la porte avec insistance.) Attends, on a sonné ! Ce doit être les enfants, à mon avis leur équipe a perdu, ils rentrent tôt et… sans le tintamarre habituel !… Comment, « quelle équipe » ?… Mais leur équipe de foot ! Ils étaient au match ! (On sonne une nouvelle fois avec insistance.) Voilà… Voilà !… Ecoute, Colette, je te rappelle, ils doivent avoir une envie pressante ! (On continue de sonner. Mado raccroche et va ouvrir.)
Entrent précipitamment Luc et Eva, vêtus avec toute la panoplie du parfait supporter de foot : maillot, écharpe, peintures sur le visage, corne sonore et un ballon de foot sous le bras de Luc.
Luc - Tu es seule ?
Mado - Quelle question !… Tu vois bien… Je suis en pleine surprise-partie !
Luc - Arrête de plaisanter !… Je veux dire… Il n’y a personne avec toi ?
Mado (faisant toujours de l’esprit) - Comme tu l’vois… Ils sont tous partis !… Finie la boum !
Eva - J’adore ton sens de l’humour, Mado !
Luc - Bon alors… Tu es seule ?
Mado - Plus maintenant, mon chéri… Plus maintenant !
Luc - Maman !
Mado - C’est bon !… C’est bon ! (Puis elle s’adresse à Eva.) Cool, le maquillage, Eva !
Eva - Salut Mado !… C’est le maquillage de circonstance !
Luc - Maman… on t’amène des invités… et… quels invités !
Mado - A cette heure-ci ?… T’es pas bien, toi !… La cuisine est fermée pour aujourd’hui, invités ou pas !
Eva - Ce n’est pas vraiment des invités, comme qui dirait !
Mado - C’est des invités qui ont déjà mangé ?… Tant mieux !
Eva - Non, Mado !… Ils n’ont pas mangé… et ils ne veulent pas manger non plus !
Mado - Eux, au moins, ils ne me reviendront pas cher !… C’est déjà ça !
Luc - Pourtant ils sont très chers !… Ils valent leur pesant d’or ! (Rires des deux jeunes gens.)
Mado - Dites… Vous êtes sûrs que vous étiez au match, vous ?
Eva - Luc, fais-les entrer, ils vont se faire repérer !
Luc - Ah non !… Avec le mal qu’on a eu à éviter la concierge !
Eva - Et… M. Etalon… ce vieux grognon !
Mado - Mais pourquoi vouliez-vous éviter la concierge et notre vieil Etalon ? C’est si grave ?
Eva - Ce n’est pas grave… C’est plus sûr !
Mado - Mais allez-vous les faire entrer à la fin ? Que l’on sache à quoi s’en tenir !… Surtout si la concierge n’est pas au courant !… C’est tellement rare et… exceptionnel !
Luc - Enfin quelque chose que tu sauras avant elle ! (Il fait entrer les deux personnages qui étaient restés dans le couloir.)
Entrent Pitchi et Amaya. Ils portent des imperméables et des lunettes noires. Amaya a en plus un foulard sur la tête lui cachant une partie du visage. Pitchi, lui, porte un chapeau.
Luc - Entrez ! Entrez vite ! Ici vous êtes en sécurité !
Mado (surprise) - Mais… Mais… Qui sont ces gens ? Luc ! Eva ! Vous vous êtes fourrés dans une sale histoire ou bien c’est pour un film ?… Ou alors ils ont de la conjonctivite ?
Eva - Rien de tout ça, Mado ! C’est une surprise, et qui ne va pas te déplaire… vu tes lectures favorites !
Mado - Excuse-moi… mais je ne vois pas le rapport de mes lectures avec leur conjonctivite !
Luc - C est une surprise de taille !… De très grande taille, si j’ose dire !
Mado - Arrêtez ce suspense et dites-moi tout… ou je meurs d’une crise cardiaque !
Eva - Ce serait dommage de mourir sans savoir !
Mado - T’as raison ! Pas de crise cardiaque !… Alors ?
Luc - Maman… je te présente… Pitchi !
Pitchi se découvre et salue Mado.
Pitchi - Madame !
Mado (surprise) - Pitchi !… le Pitchi ?… Le grand Pitchi du foot ?… Non ! J’y crois pas !
Pitchi (baisant la main de Mado) - Ravi de vous rencontrer, chère madame !
Mado (s’adressant à Luc) - Oooooh !… T’as vu ?… Il est ravi de me rencontrer ! (Tout émue.) Quelle émotion !… Mais quelle émotion !
Eva - Gardes-en un peu de ton émotion ! Ce n’est pas fini !
Mado - Ne me dis pas… qu’il y a encore une émotion derrière ces lunettes ? (Désignant Amaya.)
Luc - Tu ne crois pas si bien dire !
Eva - T’es prête ?
Mado - Je suis prête à tout, même à l’infarctus… si tu ne me dis pas tout de suite qui c’est !
Eva - Alors voici… Amaya !
Mado - Non !… Amaya !… La grande Amaya ?… Celle du « Tout-Paris » ?… Le mannequin de renommée mondiale ? Chez moi ?
Luc - Elle même en personne !
Mado - Et avec Pitchi, le célèbre gardien de but de renommée mondiale lui aussi !
Luc - T’en reviens pas, hein ? Tu vas savoir ce que le « Tout-Paris » ne sait pas encore… mais qu’il cherche à savoir à tout prix !
Mado (tendant la main à Amaya et faisant une petite révérence, comme pour une majesté) - Ravie de vous voir de si près… très chère !
Amaya (quittant ses lunettes et son foulard, et parlant avec son défaut de prononciation) - Je suis moi aussi ravie de faire votre connaissance, chère madame !
Mado (l’imitant) - « Chère madame » ! (Puis elle s’adresse à Eva.) Elle est aussi ravie de faire ma connaissance ! (Elle arrête de l’imiter.) Tu entends ce son si mélodieux dit avec une si parfaite prononciation ? (Eva et Mado sourient en douce.)
Amaya - Vous me gênez, chère madame !
Mado - Mais non !… Mais non ! … Pas de « gêne » entre nous ! Mais une explication serait bien plus « compréhensible », si j’ose dire !
Luc - Maman !
Mado - Quoi, « maman » ?
Luc - Assieds-toi et… écoute bien !
Mado - ça, je ne vais pas en perdre une miette… à cause du rapport !
Eva - Du rapport ? Quel rapport ?
Mado - Celui que je vais faire à Colette au téléphone ! (Elle fait asseoir tout le monde.) Mais je vous en prie, asseyez-vous !
Pitchi et Amaya - Merci ! (Ils s’assoient.)
Luc - Je vous sers quelque chose ? On en a tous besoin !
Mado (en admiration devant Pitchi et Amaya) - Oui ! C’est ça… Sers-nous l’apéritif !
Luc - A cette heure-ci ?
Mado...