Le trésor de tante Agathe

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Comédie en 2 actes

Le notaire l’a bien précisé, les Boudin n’auront l’héritage de tante Agathe qu’à certaines conditions. Ils doivent être un couple uni et il faut que leurs enfants soient mariés. Comment se sortir de ce casse-tête alors que le père est un coureur de jupons qu’une ancienne maîtresse vient faire chanter et que les enfants sont “incasables” ? Et puis, il y a la bonne, qui n’a pas la langue dans sa poche et dont le petit ami a les oreilles qui traînent. Au fait, cest quoi le trésor de tante Agathe ?

Dans la même veine que “Ma belle-mère est givrée”, voici une comédie pleine de rythme, de situations cocasses, de dialogues piquants et de personnages savoureux qui provoqueront les rires du début à la fin.

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Acte 1

 

Annette, la bonne, époussette négligemment quelques bibelots avec un plumeau en chantonnant.

Annette - « Mon truc en plumes… plumes de zoziau… » (Etc.)

Bertrand, genre intellectuel à lunettes, distrait et fébrile, descend de sa chambre avec un bloc-notes et un stylo.

Bertrand - Annette ! Vous êtes là, Annette ?

Annette (à part) - Ça y est, c’est reparti…

Bertrand - Vous vous rendez compte, Annette ? Si on met bout à bout tous les spaghettis mangés en un an dans le monde, on obtient deux mille fois la distance de la Terre à la Lune !

Annette (fort) - Ben dites donc, monsieur Bertrand, je vous dis pas la longueur des fils du gruyère qui va avec !

Bertrand - Bon sang ! Mais vous me posez une colle ! Je vais y réfléchir illico !

Annette - Dites… plutôt que de vous torturer la cervelle : dehors, le soleil brille !… C’est le printemps !… Enfin, tout ça, quoi !… Eh ! vous m’écoutez ?

Bertrand (plongé dans sa feuille) - Oui oui oui oui oui…

Annette - Moi, je vous dis ça histoire de causer… Franchement, dehors, avec ce beau temps, les filles ont sorti leurs gambettes… ça peut être sympa, hmm…

Bertrand - Bien sûr, bien sûr… Le gruyère… intéressant mais bigrement plus compliqué !

Il remonte dans sa chambre.

Annette - Si c’est pas malheureux ! Un beau garçon comme ça, perdre son énergie pour des bêtises pareilles ! Toujours enfermé dans sa chambre à se triturer les méninges… Ah là là ! Moi, un temps comme ça, ça me rend toute chose… Oh ! ça me donne une idée ! (Elle décroche le téléphone.) Allô ! Mon roudoudou ! C’est ta louloute !… Je t’appelle pour te dire que tu peux venir : y a que le fils et il est occupé… Oh, je sais pas, mais au moins une heure… Oui, toute une heure… Oui, oui… Ah, viens vite mon roudoudou ! (Gros soupir. Elle se regarde dans la glace, arrange sa coiffure. On sonne. Elle va ouvrir.) Oui… c’est pour quoi ?

Maître Aversin (bégayant) - Bon… bonjour mad… mademoiselle : maî… maî… maître Aversin…

Annette - Qu’est-ce qu’y z’ont, vos traversins ?

Maître Aversin (détachant ses mots) - Mais… mais non : maî… maî… maître Aversin !

Annette - Si vous le dites…

Maître Aversin - Vos pa… pa… patrons sont-ils cé… céans ?

Annette - Ça dépend des jours : des fois oui, des fois non…

Maître Aversin - Co… comment ça ? J… je ne comprends pas…

Annette (fait un geste montrant que ses patrons sont barbants) - Ben, qu’y sont comme vous dites : « céans »…

Maître Aversin (se rendant compte que la bonne ne semble pas très futée) - Ah oui… da… da… d’accord… oui… Vous n’avez pas très bien com… com… compris ma question…

Annette - Ben, euh…

Maître Aversin (qui commence à s’énerver) - Pou… pouvez-vous m’annoncer ?

Annette - Qu’est-ce qu’y faut que je vous dise ?

Maître Aversin (agacé et consterné) - Mais, à… à moi, rien ! Dites à mon… mon… sieur et madame Bou… Bou… Boudin que je demande à les voir !

Annette - Ah, mais c’est qu’ils sont pas là…

Maître Aversin - All… allons bon ! C’est en… c’est ennuyeux. J’avais d’abord pen… pen… pensé à leur télé… à leur télé… à leur téléphoner mais comme mon né… mon né… mon étude se trouve relativement près di… di… d’ici, j’ai préf… j’ai préféré me dédé… déplacer en personne.

Annette - Et alors ?

Maître Aversin (en appuyant sur les mots) - Alors, je vous serais re… reco… reconnaissant de bien vouloir leur faire part de ma vi… de ma vi… de ma visite et de leur dire que je souhaite les ren… rencontrer. Ra… ra… rapidement. Pou… pour une affaire de la plus hau… hau… haute importance, personnelle et con… et con… confidentielle qui, certainement, apportera un grand bou… un grand bou… un grand bouleversement dans leur vie. Dites-leur également de me contacter afin de… afin de… p… prendre rendez-vous dans les ca… ca… quarante-huit heures. Voici ma carte. Et je compte sur votre di… sur votre di… sur votre diligence, n’est… n’est-ce pas ?… Au revoir.

Il sort. Annette affiche un air d’incompréhension, pose la carte sur la table basse puis pense à son roudoudou, se regarde dans la glace, arrange sa coiffure et fait des mines. On sonne.

Annette - Quoi encore ? Y a pas moyen de travailler ! (On s’énerve sur la sonnette. Elle va enfin ouvrir.) Oui !… Voilà, j’arrive ! (Elle soupire.)

Entrée de Zoé.

Zoé - Edouard Boudin, c’est ici ?

Annette - Ben oui, c’est pour quoi ?

Zoé - C’est personnel et confidentiel…

Annette - Vous aussi ! Bon, ben laissez votre carte… mais je vous préviens, si vous vendez des traversins, c’est pas la peine. On a ce qu’y faut !

Zoé - Non mais dites donc, est-ce que j’ai une tête à vendre des traversins ?! Je veux parler à Edouard !

Annette - Il est à son bureau. Les transports Boudin, vous devez connaître ?

Zoé - Ah ça, question transports, je m’y connais !… Bon, ben je vais l’attendre !

Annette - Ah non, non, non ! C’est pas possible ! Il va revenir tard ce soir… et Madame aussi !

Zoé - C’est pas elle que je veux voir, c’est Môssieur !

Annette - Il travaille, je vous dis !

Zoé - Bon, tant pis, je reviendrai plus tard. En attendant, histoire de le faire mijoter un peu, dites-lui que sa petite caille est de retour… Il comprendra… Allez, salut !

Elle s’en va. Bertrand arrive en marmonnant.

Bertrand (se parlant à lui-même) - Seulement, ça dépend quelle sorte de gruyère : l’emmental fait des fils plus longs que le comté. (Appelant.) Annette !

Annette - Oui, monsieur Bertrand ?

Bertrand - Emmental ou comté ?

Annette - Quoi ?

Bertrand - Vous savez bien : pour la longueur du fromage qui va avec les spaghettis ! Alors ? Emmental ou comté ?

Annette - Parmesan !

Bertrand - Mais… le parmesan ne fait pas de fils !

Annette - Justement ! Comme ça, le problème est résolu vite fait bien fait !

Bertrand (désolé) - Oh… mais vous n’avez donc aucune curiosité scientifique !

Annette - Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? C’est comme si vous vouliez compter les grains de sable du monde entier…

Bertrand - Mais savez-vous que l’idée est excellente ? Ah, Annette, si j’étais votre patron, je vous augmenterais !

Il repart en griffonnant fébrilement des notes.

Entrée d’Edouard.

Annette (paniquée) - Monsieur ?!… Qu’est-ce que vous faites là ?

Edouard (lui tend son pardessus et son chapeau) - Eh bien quoi ? J’habite ici, que je sache !

Annette - Oui… mais… mais… (Elle pose les vêtements sur un fauteuil.)

Edouard - Oui mais quoi ?

Annette - Vous deviez revenir que plus tard…

Edouard - Eh bien, je suis là plus tôt !… ça vous pose un problème ?

Annette (gênée) - Un peu, oui !

Edouard - Pardon ?!

Annette  (gênée) - Euh, c’est-à-dire… je voulais faire le sol, alors, forcément…

Edouard (câlin) - Vous n’allez pas abîmer ces jolies mains…

Il lui en prend une pour la baisoter.

Annette (retire sa main) - Oh ! y a pas de risque ! On n’en est plus au temps où il fallait se mettre à quatre pattes avec la brosse et le savon noir !

Edouard (légèrement égrillard) - Hélas ! c’était le bon temps… Hé ! hé ! hé !

Annette - C’est ça ! On lavait le parquet à grande eau pendant que le patron se rinçait l’œil !… C’est Madame qui serait contente si elle vous entendait…

Edouard (hypocrite) - Enfin voyons, Annette, vous me connaissez…

Annette - ça… Ah, à ce propos, la dame de l’autre jour a encore téléphoné. Vous savez : celle à qui vous voulez jamais répondre quand Madame est là… Germaine, qu’elle s’appelle.

Edouard (gêné, toussotant) - Ah oui, oui… C’est… Elle représente une société qui voudrait plus ou moins fusionner avec mon entreprise… une enquiquineuse, quoi… et… (D’un air faussement détaché.) Qu’est-ce qu’elle voulait ?

Annette - Elle a dit que vous cherchiez pas votre rasoir… vous l’avez oublié dans la salle de bains, rapport à votre dernier voyage d’affaires…

Edouard (quinte de toux) - Bon… eh bien… je vous laisse faire votre ménage… je ne vous dérange pas plus longtemps… je vais dans la bibliothèque…

Il sort. Annette saute sur le téléphone. Personne ne répond.

Annette - Aïe aïe aïe ! Mon roudoudou ! Il est déjà parti !! (On sonne.) Il est déjà arrivé !!

Elle entrouvre la porte. Dédé ouvre la porte en grand et entre.

Dédé - Tu m’as sonné ? J’arrive !

Annette (essaie de lui échapper en se mettant de l’autre côté de la table) - Non ! Non ! Le patron est là ! Il est rentré plus tôt que prévu !

Dédé - Ah ! tu veux jouer, hein, coquine !

Annette - Mais non, j’ veux pas jouer ! Il faut que tu files !

Dédé (l’attrapant) - Oh, toi… toi…

Annette - Mais vas-tu me lâcher, à la fin !

Edouard (off) - Qu’est-ce que c’est, Annette ?

Annette (à voix basse) - Va-t’en vite ! Allez, allez ! (Elle veut le faire sortir par la porte mais n’a pas le temps, alors elle le pousse dans l’escalier.) Dans ma chambre, dépêche-toi !

Edouard apparaît alors qu’elle a trébuché et est à moitié penchée dans l’escalier. Pour se donner une contenance, elle fait semblant de faire un peu de gymnastique.

Edouard - Mais… Annette, qu’est-ce que vous faites ?

Annette - Je… me mets en condition avant d’attaquer le sol ! (Elle souffle, fait des mouvements.) C’est qu’on a vite fait d’attraper une hernie fiscale !

Edouard - On dit une hernie « discale » !

Annette - C’est autant douloureux !

Edouard - Oui… eh bien… bon… Qui a sonné ?

Annette - Une… deux… une… deux… pff… pfft…

Edouard - Enfin, Annette, allez-vous me répondre ?! Qui a sonné ?

Annette - Qui a sonné ? Ben oui, hein… qui ? (Son regard tombe sur la carte posée sur la table basse.) Ah… euh, oui… c’était un message pour vous… oui, oui… c’est ça… un message…

Edouard - Eh bien, quoi !?

Annette - Me bousculez pas ! Je remets mes idées en place…

Edouard - Vous allez parler, nom d’une pipe !

Annette - Voilà… Vous devez téléphoner pour prendre rendez-vous au sujet des traversins et très rapidement car sinon tout sera bouleversé… Et, comme c’est important, il faudra y aller en diligence… (Elle lui remet la carte du notaire.)… et restez en contact avec cette carte mais chut, c’est un secret !

Elle monte précipitamment l’escalier et sort de la pièce.

Edouard (éberlué, il lit la carte) - Maître Aversin ?… Qu’est-ce que c’est que cette...

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