Nouveau voisinage

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Dix scènes entre nouveaux voisins, voisines à jouer à huit ou plus.
Entre voisins, faut s’entraider, s’entraîner, s’éviter, s’espionner, s’escrimer, s’empoisonner, s’exciter, s’éclater. La preuve ? ” Nouveau voisinage”.

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- Scène 1 -

 

Rue du Docteur Mitton.

C’est la nuit tombée.

Colette est devant la boîte aux lettres de Jean-Pierre.

Colette (appelant) - Jean-Pierre ! Jean-Pierre !

Arrivée de Louis.

Louis - Ah, Colette…

Colette - J’appelle Jean-Pierre, il m’entend pas.

Louis - Essayez par son second prénom : Louis.

Colette - Comme vous ?

Louis - Moi c’est mon premier.

Colette (appelant) - Louis ! (Temps.) Il m’entend pas.

Louis - Il croit que vous m’appelez. Essayez plutôt Edouard.

Colette (appelant) - Edouard !

Jean-Pierre sort aussitôt les rejoindre.

Jean-Pierre - On m’a appelé par mon troisième prénom ?

Louis - C’est Colette.

Jean-Pierre - Colette ? Je connais seulement pas votre second prénom, moi.

Colette - Je m’en sers pas. D’autant que c’est Léa.

Jean-Pierre (fort) - Léa ?

Arrivée de Léa.

Léa - Vous m’avez appelée ?

Louis - Non.

Léa - Si.

Louis - C’est comment votre second prénom ?

Léa (gênée) - Le hasard… Colette.

Louis - Alors c’est pas vous qu’on appelait, c’est Colette.

Léa - Je suis pas sourde.

Colette - Jean-Pierre m’appelait par mon second prénom, Léa. « Léa ».

Léa - D’accord…

Louis - Pour en finir avec ces prénoms supplémentaires, le mien j’ai dû le sortir deux fois dans ma vie. Je n’y crois pas. Si je pouvais m’en débarrasser…

Jean-Pierre - C’est comment déjà ?

Louis - Si je le dis, vous allez vouloir le répéter.

Léa - Non, pourquoi ?

Louis - Parce qu’il est long. Tellement long qu’on veut le prononcer pour voir ce que ça fait dans la bouche… Oh, après tout c’est pas un secret d’état. C’est Béranger-Emmanuel. Trop long à vous expliquer.

Colette - « Béranger-Emmanuel »…

Louis - Vous voyez !

Colette - En le disant on se dit qu’on est en train de l’oublier. (Temps.) C’était quoi déjà ?

Léa (pour elle-même) - « Béranger-Emmanuel »…

Louis - Le réveillez pas, je vous en prie.

Léa - Une dernière fois. « Béranger-Emmanuel ». (A Louis.) Vous préférez « Louis » ?

Louis - Quel Louis ?

Léa - Ben, vous, tiens !

Louis - Ah oui ! On se déshabitue vite, hein !

Colette - On nous donne des prénoms de secours au cas où on oublierait celui qui nous sert à force de s’en servir.

Louis (fort) - Louis !

On entend un « chut ! ».

Les têtes se tournent.

Jean-Pierre - … ’avez entendu ?

Colette - Ça venait de par là, d’un de mes nouveaux voisins.

Louis - Lequel ?

Léa - Y en a deux autres nouveaux de ce côté… (Désignant l’autre côté.)… arrivés mardi.

Colette - Mais Colette… enfin, Léa… ils sont tous arrivés mardi.

Léa - Ils se connaissent, alors. J’aime pas ça.

Colette - C’est de ça que je voulais m’entretenir avec vous, Edouard.

Jean-Pierre - Jean-Pierre.

Louis - Nous, dans le temps, qui est arrivé le premier ?

Jean-Pierre - Moi. Y avait personne quand j’ai fait construire.

Colette - Pardon, je faisais déjà construire.

Léa - Pardon, pardon, j’ai fait construire et emménagé deux jours avant Colette, et Jean-Pierre un jour après.

Colette - Si vous le dites.

Louis - Et je serais arrivé beau dernier ? Je me vois encore choisir ici pour son côté sauvage. J’étais très sauvage à l’époque.

Léa - Au contraire. Vous êtes venu vous présenter à moi et me souhaiter la bienvenue dans le voisinage alors que vous y étiez arrivé après tout le monde et vous m’avez tendu votre carte.

Louis - On a voisiné si vite ?

Colette - Léa a raison, nous nous sommes présentés à peine arrivés. C’est là qu’on voit l’éducation.

On entend un « chut ! » venant de l’autre côté.

Les têtes se tournent.

Un temps.

Jean-Pierre - Il pourrait se montrer !

Colette - Lequel ?

Léa - Ils vont quand même pas nous obliger à baisser le ton dès le troisième jour !

Colette - Ils sont gonflés !

Louis - Au début nous aussi recherchions le calme.

Colette - Mais séparément. Et sans se faire « chut ! ».

Jean-Pierre - Je pense qu’ils sont vexés parce que c’est nous qui aurions dû faire le premier pas.

Colette - Mais moi j’en ai salué un mardi. Un salut appuyé. Il m’a snobée.

Léa - Oh ! je suis pas prête d’aller vers lui !

Colette - Il avait les bras chargés, il rentrait un canapé tout seul, j’aurais pu l’aider.

Jean-Pierre - Ces gens-là vont pendre la crémaillère. Ils vont nous inviter à leur crémaillère.

Louis - Et s’ils ne la pendent pas ? Est-ce que nous on l’a pendue ? Pas moi. Léa, vous qui avez une bonne mémoire…

Léa - J’ai voulu la pendre puis au dernier moment, par timidité, tout était prêt, un tonneau, j’ai reculé. J’ai fait venir ma mère une semaine, on a tout bu toutes les deux. Je venais de la ville aussi…

Colette - C’est pas les mêmes codes.

Léa - En ville il faut une panne d’ascenseur pour qu’on se salue dans l’escalier.

Jean-Pierre - Bon, alors, ce premier pas, on le fait tous les quatre ? On s’en débarrasse ?

On entend un « chut ! ».

Silence.

Jean-Pierre (chuchotant) - Ça va être gai s’ils supportent rien.

Louis - Parle normalement, sinon…

Colette - … On n’est plus chez nous. (Temps.) Léa, vous ne dites rien ?

Léa - Je crains que d’aller sonner chez les quatre, se présenter tard, parce qu’il est tard, leur dire poliment qu’ils ne vont pas faire la loi ici vu que nous y étions d’abord, ça n’entame notre relation de voisinage.

Colette - C’est moi qui parlerai. Je commencerai par m’excuser pour le canapé.

Jean-Pierre - Maladroit. Vous nous mettez en situation d’infériorité. Tant qu’à se montrer civils, allons-y avec une bouteille.

Louis - J’aime bien l’idée, seulement fallait le faire à dix-huit heures.

Jean-Pierre - Ouais… Je me dis qu’à notre place, des Anglais trouveraient tout de suite la manière.

Louis - Ils sympathiseraient à « five o’clock ».

Léa - Ça veut dire qu’on attend demain ?

Colette - Demain je ne suis pas libre. Moi c’est maintenant. Je commence par m’excuser, je dis mon prénom usuel, on échange nos prénoms, on fait l’effort de les retenir et demain on peut se dire bonjour Untel, bonsoir Unetelle, comme des voisins.

Nouveau « chut ! » sonore.

Ils sont bloqués un moment.

Ils vont reparler à mi voix.

Louis - Ils nous refusent sans même nous connaître.

Léa - Comment on va faire ?

Colette - Je veux rentrer chez moi. Louis, vous voulez pas m’accompagner ?

Louis - Pour faire vingt mètres ?

Colette - J’ai peur de passer devant chez eux.

Léa - Devant chez lequel ?

Colette - N’importe. Ils nous ont tous fait « chut ! ».

Un temps.

Léa - Je vais déménager.

Colette - Non, nous laissez pas avec eux !

Jean-Pierre - Allons dormir. Demain on y verra clair.

Léa - Et s’ils sont matinaux, levés les premiers, qu’ils nous croisent sans un mot avec un regard en coin ou qu’ils nous font taire tout le temps ?

Un silence lourd.

Colette - On partira comme on est venus.

Louis - Expulsés… Ah, ils savent y faire.

Jean-Pierre - J’ai pas vu le coup venir, dites donc.

Louis - Mardi…

Un temps.

Colette - Déménager où ?

Léa - Un endroit où on sera les nouveaux, où on se méfiera pas de nous.

Louis - Si, justement, ce sera notre tour d’être intrigants.

Léa - Réfléchissons-y ensemble.

Jean-Pierre - Oui, on a aucune raison de s’éparpiller.

Colette - Alors quand ? Quand ? Parce qu’eux ils seront pas patients.

Léa - Ils vont nous mettre la pression.

Jean-Pierre - Ah, je déteste être bousculé ! Je déteste ça et puis je suis en pleins travaux, je refais mon salon. Tiens, j’en ai même pas pris mon courrier.

Il ouvre sa boîte aux lettres.

Il n’y a qu’une lettre.

Jean-Pierre (lisant) - « Nicolas Dupuy. 7 rue du Docteur Mitton. » Qu’est-ce qu’il fait chez moi au 5 ? Et y a écrit
« urgent ».

Louis - C’est çui du canapé.

Jean-Pierre - Il veut aussi ma boîte, peut-être ?

Léa - Non, c’est une erreur et vous savez… L’occasion de le saluer, il pourra que nous remercier.

Colette - Quatre pour porter une lettre ?

Louis - Urgente. Qu’il attend. Il y pense. On sonne. C’est nous. La chance se représentera pas deux fois.

Colette - Mais c’est vous qui parlez, Jean-Pierre.

Jean-Pierre - Moi ?

Louis - « Je suis votre voisin, une lettre pour vous », tout de suite. D’entrée.

Léa - Nous : « Moi aussi, moi aussi ! » Hop ! la glace est rompue, on va se coucher.

Ils se mettent en file inquiète, Jean-Pierre en tête avec la lettre tendue devant lui et ils y vont prudemment.

Ils sortent.

 

NOIR

 

- Scène 2 -

 

La boîte aux lettres de Paprika.

Paprika est étendue au sol, évanouie.

Mireille vient la secourir.

A...

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