scène 1
Costumes : l'archiduc Edmond est en peignoir plutôt classe. Valentine porte un habit de soubrette classique. L'archiduchesse Esther arbore une petite robe à la fois légère et élégante. Quant à Maxence, il porte un pyjama d'Edmond, un peu grand pour lui.
Situation au lever de rideau : l’archiduc Edmond en peignoir, tranquillement assis dans son fauteuil, déguste un whisky, tout en lisant un livre ; sonnent les 9 coups de 9 heures.
Valentine entre en scène catastrophée.
Valentine. – Monsieur l’archiduc ! Monsieur ! Il est arrivé un malheur !
Edmond sursaute puis se lève brusquement de son fauteuil.
Edmond. – Quoi ? C’est ma femme !
Valentine. – Madame ? Non… Enfin, je ne sais pas. Tout… Tout le monde a disparu !
Edmond. – Ah ! Non, Valentine ! Ça ne va pas recommencer !
Valentine. – Mais quoi monsieur ?
Edmond. – Vous avez encore avalé du liquide vaisselle ! Vous savez pourtant que vous êtes allergique au mélange citron vert, pomme aigre-douce !
Valentine. – Mais monsieur, puisque je vous dis…
Edmond. – Ça provoque chez vous des hallucinations. Rappelez-vous ! La dernière fois vous avez pris Monsieur Lampion le garde champêtre pour un ours !
Valentine. – Mais c’est qu’il est très poilant et plutôt enrobé sur les bas-côtés !
Edmond. – Très poilu, je vous l’accorde. Nous étions en Février et il n’avait pas encore perdu son poil d’hiver. Mais de là à lui lancer à la figure les restes du saumon de la veille…
Valentine. – C’est bien connu, les ours mangent du saumon. Je l’ai vu dans un film : Le grand brun avec une… une… (Elle cherche la suite en vain.) Et il l’avait bien mérité !
Edmond. – Du coup, il est tellement vexé qu’il ne veut plus remettre les pieds ici !
Valentine. – Ce n’est pas plus mal ! Et je peux maintenant vous l’avouer, ce Monsieur Lampion a tendance à avoir les mains baladeuses !
Edmond. – Déformation professionnelle. à force de remplir des mains courantes…
Valentine. – Monsieur, je suis sérieuse ! Tout… Tout a disparu ! C’est l’enfer, il ne reste plus que nous 2 !
Edmond, profitant de la situation, il prend Valentine par les 2 mains. – Que nous 2? Le paradis, vous voulez dire, belle enfant. Au fait, avez-vous lu le petit mot que j’ai laissé à votre attention dans la cuisine ?
Valentine. – Oui monsieur et même plusieurs fois. Justement, je voulais vous dire…
scène 2
Elle est interrompue par l’énoncé de son prénom. Esther fait son entrée en scène. Edmond lâche précipitamment les mains de Valentine.
Esther. – Valentine ? Valentine ? Ah ! Vous êtes là ! Cela fait une heure que je vous cherche. Plus rien ne fonctionne dans cette satanée bicoque !
Valentine. – Madame l’archiduchesse, c’est justement ce que j’étais en train de dire à monsieur !
Esther. – Ah ! Tiens ! Vous êtes là !
Edmond, ne cachant pas sa déception. – Oui… Tous les 2… Bonjour madame !
Esther. – Et déjà au whisky à 9 heures du matin ! De mieux en mieux ! Après, ne vous étonnez pas d’avoir des maux de tête !
Edmond. – Eh bien ! Comme cela, ce soir, nous serons 2 à avoir la migraine. Une fois n’est pas coutume !
Valentine exaspérée reprend la parole en insistant.
Valentine. – Je disais donc à monsieur, que tout le monde a disparu !
Edmond. – Pas tout le monde… malheureusement !
Esther. – Mais voyons Valentine ! C’est impossible !
Edmond. – Elle nous refait le coup du liquide vaisselle !
Esther. – Encore ! Comme si tout le monde pouvait disparaître comme ça ! Mais qu’en dit le baromètre, Valentine ?
Valentine s’absente pour vérifier.
Edmond. – Madame, il faut que nous parlions !
Esther. – Mon cher, pour le moment, ce n’est pas votre avis qui m’intéresse mais celui du baromètre !
Valentine revient joyeuse un plumeau à la main.
Valentine. – Madame, le baromètre est resté muet mais j’ai une bonne nouvelle ! J’ai retrouvé mon plumeau !
Edmond. – La fin du monde… Maintenant, au beau milieu de nulle part…
Valentine, se lamentant. – C’est la fin du monde ! C’est le bon Dieu qui nous punit !
Esther. – Que diable Valentine ! Reprenez-vous !
Valentine. – Oui madame c’est certainement l’œuvre du diable ! Il existe ! Après tout, il était quand même le directeur des ressources inhumaines du bon Dieu ! Je suis sûre que c’est lui le coupable !
Esther. – Ma pauvre Valentine, si c’est Dieu qui éprouve votre foi alors pour mon mari c’est le whisky qui éprouve son foie !
Edmond. – Ne vous bercez pas d’illusions Valentine. Ce n’est quand même pas David Copperfield votre diable ! Que les dieux m’entendent !
Valentine. – Eh bien moi, la vie éternelle, je n’y crois pas, ça me paraît bien trop court !
Esther. – J’ai une bonne idée : pensez plutôt à Saint-Marc ! Valentine, si vous passiez le balai, histoire de vous calmer....